Ma famille et moi vivions
en Guadeloupe depuis plus de 10 ans, et à part quelques tempêtes
tropicales qui ne nous avaient pas effrayé, l'arrivée d'Hugo nous
excitait réellement "Nous allions vraiment savoir ce qu'était un
cyclone !.....". Sur le Boulevard Maritime du Moule, près du spot
de surf, était installé depuis plusieurs mois une rampe de skate-board
en bois. A 18H ce fameux jour, une dizaine de jeunes surfeurs habitant
la commune étaient juchés en haut de cette rampe, criaient, riaient,
gesticulaient, très excités par le vent déjà très fort et la houle
qui déferlait comme jamais. Aucun d'entre eux ne se doutait à cet
instant de ce qu'ils allaient vivre.
Rentrés chez nous,
à 100 mètres environ, juste derrière sur le Morne, nous nous calfeutrons
et attendons. Nous ne pouvions pas voir la mer, mais, de notre hauteur,
nous avions une vue imprenable sur un grand "no-man's land" peuplée
de frèles cases en bois. Dans la pénombre, nous apercevons l'une
d'elle qui se met à vaciller. Une famille avec 4 ou 5 enfants habillés
de cirés jaunes commençe à sortir au beau millieu de la tempête,
et courrent se réfugier chez leur voisin. Quelques secondes plus
tard, nous voyons leur maison s'écrouler : il ne restait plus qu'un
tas de bois......
Derrière nos immenses
baies vitrées, nous avons les yeux grand ouverts, abasourdis devant
ce spectacle. Nous nous serions crus devant un paysage d'hiver en
pleine tempète et dans la montagne. Ce n'était pas blanc, mais gris,
déjà plus de feuilles sur les arbres. Les branches et quelques tôles
volaient devant nous. Nous étions vraiment devant un spectacle extraordinaire,
et nous étions sûrs d'être en sécurité dans notre maison en dur.
Puis l'OEIL vint,
les deux garçons n'eurent qu'une envie : sortir, et aller voir leur
Spot de Surf. J'étais confiante, un grand calme après les vents
si violents, des étoiles magnifiques partout dans le ciel. Un quart
d'heure plus tard le vent recommence à souffler légèrement, je pense
à Frédo et Philippe toujours dehors, et ce que j'avais entendu sur
l'Oeil du Cyclone me revint à l'esprit. Je suis prise de panique
et essait de voir s'ils arrivent..... Ouf, en voila Un, l'autre
tarde...mais il arrive en boitillant s'étant heurté à une souche
d'arbre.
Et soudain, à l'instant
même où l'on referme la porte les vents se déchainent, nous empêchant
de la fermer. Nous sommes obligés de la caler avec ce que nous trouvons.
la peur commence à nous gagner. Résultat de l'escapade : un blessé,
plus aucune trace de la rampe de skarte-board, elle avait déjà disparu,
la cabane-restaurant tenait toujours debout, jusqu'à quand ? L'eau
avait envahi tout le parking jusqu'à la route.....
Légèrement apaisés,
les garçons commencent une partie de carte à la lueur d'une bougie,
moi à bouquiner dans ma chambre. Un instant, je me lève. Quelques
secondes plus tard, un grand fracas. Nous nous précipitons. Les
deux baies vitrées avaient explosées, le matelas du lit sur lequel
j'étais allongée quelques instant auparavant avait disparu et s'était
enfourné dans la baie vitrée..... Nous fermons rapidement la porte
sans que je puisse aller récupérer mes objets personnels qui s'échappaient
par la fenêtre les uns après les autres......
Nous décidons de ne
pas rester dans le salon, trop dangereux à cause de la baie vitrée.
En effet, celle-ci explose également, de même que celle de la cuisine,
laissant un pan de mur à l'air libre sur toute la longueur. L'horreur
... Nous disparaissons dans le couloir. L'insécurité des portes
en bois et l'instinct de conservation font que nous nous réfugions
dans les toilettes pour y passer la fin du cauchemar, debout, bien
sûr, dans l'impossibilité de s'allonger, et en nous demandant quand
cela allait finir...... et si nous allions en sortir vivants.
Enfin, vers 05H, le
temps se calme, et nous permet de sortir de notre abri pour observer
l'ampleur du désastre, de la maison d'abord, remplie d'une boullie
de feuilles machées et de vingt centimètres d'eau. Toutes les pièces
étaient méconnaissables. Dehors, le spectacle était apocalyptique...
Quelques copains, habitant plus haut, venait voir si nous allions
bien. Eux aussi avaient eu très peur.......
Nous avions tous vécu
une nuit que nous n'oublierions JAMAIS - JAMAIS - JAMAIS.....
Aussi, quand "Georges"
fut annoncé, j'ai vécu trois jours horribles avant son arrivée.
Cette fois la Guadeloupe a été épargnée, mais pas St Domingue, et
les autres....
Si vous me parlez
de cyclone, je deviens intarissable..... Il faut en avoir vécu un
VRAI DE VRAI pour savoir, sinon vous ne serez jamais un initié....