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Passer 15 ans aux
Antilles sans subir un seul cyclone était presqu'une aberration
...puisque la moyenne est de 1 tous les 10 ans environ !!!
Finalement, je l'ai
eu, mon cyclone et pas n'importe lequel puisqu'à l'époque, on
a dit d'Hugo (sept 89) qu'il était le "cyclone du siècle", le
plus gros et le plus dévastateur (Mitch n'était pas encore passé!).
Je vivais seule
dans une très grande maison avec mes deux filles (7 et 10 ans
à l'époque). Le charpentier était passé 2 mois plus tôt pour poser
une charpente en bois et tôle sur un plafond -béton plus poreux
qu'une passoire!!! Les travaux ne m'avaient guère convaincu ..
vu le matériau utilisé! J'étais donc très peu confiante en la
maison de location où j'habitais.
Vers 20h, les premies
coups de vents ont commencé et mes filles, paniquées, ont appelé
d'urgence leur père qui, en moto, est venu nous rejoindre malgré
l'alerte 2b donnée depuis plusieurs heures. La maison était sur
un flan de colline, plein nord. Nous nous sommes enfermés dedans
mais j'avais laissé le haut des portes ouvert (en Guadeloupe,
il y a 3 lames de "persiennes" en haut des portes pour la chaleur)
en me disant qu'ainsi, le vent pourrait passer et ne pas trop
se heurter à des murs hostiles! Après tout, les sentiments arrangent
souvent pas mal d'événements !! Et nous avons attendu, regardant
par les fenêtres : de grandes baies vitrées... : RIEN à voir;
nuit noire absolue !!!
Un grand bruit trancha
dans le vacarme du vent : les tôles nous abandonnaient pour un
voyage vers quelques palmiers ou autres arbres qui arrêteraient
peut-être leur course folle. Mes filles tremblaient, pleuraient,
et le plafond se mit à fuire de toute part!!! Rien de tel qu'une
bonne occupation pour oublier les problèmes ! Essuyer, essorer,
protéger les lits par ... quoi !! Quelques serviettes de bains,
des sacs-plastique ..dérisoire !! Mais ça occupe les mains et
l'esprit. Petit à petit, nous nous rendîmes compte que "ce" n'était
pas si fort que cela et ... nous avons ouvert "tout grand" nos
baies vitrées ..pour assister à la folie du vent, au vols des
branches, des planches qui venaient de où ? Le cyclone passait
au dessus de nos têtes, grimpant sur le flan sud de la colline
pour aller s'écraser sur celle de l'autre côté de la vallée !!!
Nous avons passé
l'oeil et la fin du cyclone à nettoyer le jardin des branches
qui bloquaient le passage vers le garage, à vider l'eau des terrasses
transformées en piscine, car les conduites étaient bouchées par
les feuilles d'arbres réduites en miettes, et nous avons attendu
que le jour se lève, sans plus de panique. Quelques instants qui
étaient quand même très impressionnants et auraient pu être dangereux
dans une maison plus exposée : dans les plus forts coups de vent,
nous avions l'impression que les murs de la chambre où nous étions
(la moins inondée) étaient compressés, comme pris entre les tentacules
d'un énorme monstre, prêts à exploser ou imploser. Et dans nos
têtes, c'était comme si nous étions pris dans un gros étau, de
plus en plus serré et qui se relachait d'un seul coup !! Une variation
de pression énorme!!
Le lendemain, nous
avons tout de même constaté les dégats : nous n'avions plus de
charpente et nous sommes allés recueillir les tôles enlacées autour
des arbres; nous les avons redressées à coups de masse ..c'est
fou ce qu'une tôle peut être résistante quand elle n'est plus
plane !!! Le plus comique de la situation ? J'avais bien fait
des provisions de bougies ... mais pas d'allumettes! Comment les
utiliser ? Et si j'avais prévu des habits, des provisions de secours
dans la voiture au cas où la maison serait inhabitable, comment
sortir du garage quand les voisins avaient préféré jouer aux dominos
le lendemain plutôt que de dégager la route ?
Nous avons cependant
gardé une très forte appréhension pour les cyclones; et si Hugo
finalement, pour nous, n'a rien eu de catastrophique, nous n'habitons
plus la même maison, chaque ouragan se présente comme il l'entend
et nous ne savons jamais ce qu'il va se passer !!!
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